L’héritier de la Sierra – Extrait


Prologue

La nuit tombait, mais le tilbury allait bon train tracté par un solide hongre. Ils seraient bientôt rentrés à la maison.

Après ce qu’il avait découvert dans les comptes de la banque cet après-midi, Edward Hammond ne décolérait pas et il avait préféré laisser les rênes à Victor. Son fils était plus calme que lui pour mener cet attelage rapide et léger à bon port.

— C’est si énorme qu’il va falloir avertir les actionnaires.

— J’ose à peine imaginer la réaction de Dallas Ford quand tu vas lui apprendre.

Cette remarque tira à Edward son premier sourire depuis qu’il était sur la piste de ce détournement impliquant des membres de sa famille et des employés corrompus.

Dallas Ford était devenu l’actionnaire majoritaire de l’Union trust bank plusieurs années auparavant. L’homme d’affaires, qui préférait vivre dans son ranch de la Sierra Nevada plutôt qu’à Sacramento, lui avait laissé la gestion de l’établissement fondé par la famille Hammond, se contentant de contrôles réguliers effectués par son fils, Douglas.

— Il n’est pas si redoutable.

— Bien sûr ! ricana Victor. Tout le monde sait que lorsque « Le millionnaire de la Sierra » descend de ses montagnes, il y a des morts dans la vallée.

— C’est la réputation que lui donne la presse, mais il est plus civilisé que ça… en général.

— Il n’a jamais nié avoir été chasseur de primes. La rumeur dit qu’il a aussi été tueur à gages, rappela Victor.

Edward n’aurait pas pu jurer que cela était faux tant son associé pouvait parfois se montrer impitoyable. Il songea à la belle Amélie Ford, si charmante et raffinée.

Comment ce rustre de cowboy avait-il pu la séduire ? Il n’avait jamais rencontré plus taiseux et énigmatique que Dallas Ford, mais il fallait bien reconnaître que l’homme était doté d’un flair incroyable pour les affaires. Il avait aussi un don rare pour tétaniser de peur ceux qui avaient la mauvaise idée de s’opposer à lui.

— D’un autre côté, une fois qu’il saura ce qui se passe, s’il y a des morts, ce n’est pas moi qui vais pleurer.

— Moi, non plus. Mais… Oh mon Dieu !

Un bruit violent venait de faire cabrer le hongre. Paniqué, l’animal s’élança à une allure folle. Victor tenta de le contrôler. Il ne put rien faire. Personne n’aurait rien pu faire…

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Chapitre 1

Dallas tendit une pièce de cinquante cents au petit coursier qui s’empressa de l’empocher et de dévaler le chemin à toute allure avant d’enfourcher hardiment son poney.

Il talonna, fit cabrer sa monture et partit au galop.

Cette démonstration de ses talents de cavalier était à son attention, le gamin ralentirait dès qu’il serait hors de vue.

Le gosse allait bientôt être trop âgé pour ce travail au bureau de poste. Au culot, il avait déjà proposé ses services comme cowboy. Dallas voyait bien qu’en plus de la nécessité de gagner sa vie, le môme rêvait de s’occuper des pur-sang autour desquels il traînait dès qu’il en avait l’occasion. Son acharnement méritait peut-être qu’il lui accorde une chance.

Tout le monde en avait besoin au moins une fois dans son existence.

Le solide rancher observa, dépité, l’épaisse liasse de lettres, de journaux et de télégrammes qu’il tenait à la main.

— Je parie que tu songes à cette merveilleuse époque où personne ne connaissait le chemin de ton repaire et où tu pouvais vivre tranquille, comme le sauvage que tu es en réalité.

Dallas soupira avant d’adresser un regard amusé à Douglas. Celui qu’il considérait comme son fils aîné depuis qu’il l’avait adopté s’était installé quelques années auparavant à Sacramento où il était devenu l’efficace et redouté directeur exécutif de leur consortium familial.

Avec sa femme, Laura, leurs deux grands enfants et leurs petits jumeaux – Liam et David –, âgés de deux ans, ils étaient venus passer quelques semaines de vacances au ranch. Tous connaissaient l’importance de cette double naissance pour Doug qui avait perdu son frère jumeau quelques années auparavant et failli ne pas survivre à ce drame.

Les deux hommes rentrèrent dans l’immense bureau dont les fenêtres offraient une vue époustouflante sur le lac et la vallée. Dallas attaqua la corvée de dépouillement et le tri de son courrier. L’époque où il savait à peine lire était bien loin.

En absence d’école sur le domaine, sa douce et tendre épouse, Amelie, avait été une perceptrice intransigeante pour leurs enfants, mais également pour lui.

— Ne leur demande pas de le faire si tu n’en es pas capable, lui avait-elle un jour asséné en lui collant un livre entre les mains.

Dallas avait donc réellement appris à lire, mais aussi les bases du latin, du français, et il avait perfectionné son espagnol – nécessaire pour certaines affaires de l’autre côté de la frontière mexicaine. En revanche, dès qu’il était question de chiffres, il était imbattable. Amélie disait qu’il avait un don pour les mathématiques et qu’il était dommage qu’il n’ait pas été mieux exploité. T.J. et Charley, leurs fils biologiques, en avaient d’ailleurs hérité.

Soudain, il se redressa vivement.

— Que se passe-t-il ? s’alarma Doug.

— Edward et Victor Hammond ont eu un accident, hier soir. Leur voiture s’est renversée dans un fossé. Ils sont tous les deux décédés.

Doug jura et vint rejoindre son père pour lire par-dessus son épaule le télégramme qui émanait de la veuve de Victor, Sybil. Doug aimait travailler et discuter affaires avec Victor qui partageait sa vision de l’investissement tourné vers le progrès technique. Il eut une pensée attristée pour Tess et Wesley, les enfants des Hammond.

— Cela veut dire qu’en attendant le vote du prochain conseil d’administration pour élire le nouveau président, la gestion courante de la banque va revenir à Sybil Hammond, puisque leurs enfants sont encore mineurs et au gendre, Georges Burgess, à qui sa femme Cordelia a déjà donné procuration pour tout. Il respire même à sa place, ironisa Doug qui ne les appréciait pas du tout.

— Burgess est un sombre crétin. Il se pavane comme un imbécile. Il suffit de le flatter pour qu’il signe n’importe quoi. Il ne voit que les profits à court terme. Stupide pour un banquier.

— Rien que ça ? plaisanta Doug.

— Tu me l’as dit toi-même.

— C’est vrai, il est pédant et imbuvable.

— J’avais obtenu d’Edward qu’il modifie son testament pour que toutes ses actions de la banque reviennent à Victor, que le risque « Burgess » soit écarté de la succession.

— Tu as exigé de ton associé qu’il déshérite sa fille ? s’exclama, choquée, Amélie qui se tenait dans l’embrasure de la porte.

— Mon Dieu que cette fille est intéressante ! Cette chère Cordelia, née du premier mariage d’Edward, qu’elle détestait soit dit en passant, a eu un premier mari joueur professionnel, criblé de dettes, tué dans un saloon en la laissant avec un bébé de six mois.

— Pas de chance, commenta Doug sarcastique, se doutant que ce n’était qu’un début.

— Le deuxième était un coureur de dot qui s’est envolé quelques semaines après les épousailles, la petite Elspeth avait cinq ans. D’ailleurs, on n’a pas idée d’appeler sa gamine Elspeth sauf si on lui veut du mal. Le divorce a été retentissant et extrêmement coûteux pour Edward.

— Elle ne sait peut-être pas choisir ses hommes ? suggéra Amélie avec sa gentillesse naturelle.

— Son père l’a envoyée se faire oublier sur la côte est, ce qui nous amène au dernier remariage, il y a un an, avec ce Georges Burgess ramassé dans une salle de bal new-yorkaise et qui a osé nous imposer sa présence au conseil d’administration.

— Tu es bien renseigné et très bavard sur le sujet, s’étonna-t-elle, plus habituée aux célèbres manières mutiques de Dallas qui alimentait sa légende dans la presse et le monde des affaires.

— Je fais toujours réaliser une enquête par l’agence Pinkerton sur les personnes avec qui je traite, tu le sais. Celle-là faisait plus de trois cents pages et j’ai dû me farcir toutes les frasques de cette gourde dans le détail !

— Tu es très dur avec Cordelia, s’émut Amélie. Tout n’est peut-être pas sa faute.

Son mari lui adressa un sourire sarcastique, laissant apparaître une surprenante fossette, presque enfantine, dans sa joue rasée.

— Elle m’a fait des avances la dernière fois que nous nous sommes croisés à Sacramento.

Doug vit sa mère adoptive se raidir, furieuse. L’univers entier savait que Dallas Ford était d’une fidélité sans faille à sa superbe épouse. Il n’avait jamais ne serait-ce que regardé une autre femme et vénérait comme une déesse celle qui s’était déclassée pour lier sa vie à celle d’un cowboy ambitieux, orphelin, et au passé lourdement chargé. Il n’empêche que la belle et raffinée Amélie Ford défendait son territoire avec férocité.

— Hammond avait prévu de léguer à Cordelia la maison de Sacramento et du cash en compensation des parts.

— Cela aurait été de l’argent vite dilapidé, non ?

— Ce n’était pas mon problème.

Dallas reprit le télégramme, le fit lentement tourner entre ses doigts, restant un long moment songeur.

Ses sourcils se froncèrent, ses paupières s’abaissèrent, mi-closes sur ses spectaculaires iris d’un bleu stupéfiant qui, eux aussi, contribuaient à sa légende par leur dureté insondable.

Doug appelait cette attitude « le réveil du prédateur ». C’était en général mauvais signe pour les adversaires de son père.

— Ces deux morts tombent fort opportunément bien pour les affaires de Georges Burgess ou je me fais des idées ?

— Difficile de dire le contraire.

— Tu es peut-être trop suspicieux, suggéra Amélie.

— Ou bien, je ne l’ai pas été assez.

À cet instant, un coup de feu claqua suivi de cris de joie.

— Il se passe quoi dans le jardin ?

— Concours de tir entre les enfants pour fêter le retour des garçons du Massachusetts. J’étais venu vous chercher pour que vous soyez les arbitres, répondit son épouse.

— Sur qui as-tu parié ?

— Laura.

— Si elle participe, je ne joue pas.

— Mauvais perdant, plaisanta Amélie.

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Chapitre 2

Sacramento au même moment

Mademoiselle Pinckett, directrice du pensionnat pour jeunes filles le plus réputé de Sacramento relut la triste lettre qu’elle venait de recevoir, apportée en urgence par un coursier.

Son adjointe était partie chercher la jeune Tess Hammond dans sa salle de classe.

La pauvre enfant.

Tess était une très bonne élève qui ambitionnait d’entrer à l’université. Mademoiselle Pinckett la savait soutenue par ses parents, à la différence d’autres, issues des plus riches familles de Californie qu’un mariage arrangé attendait dès leur sortie de l’école.

Un coup discret fut frappé à la porte, elle l’invita à entrer et s’asseoir. Son élève prit place sur le bord de la chaise en face d’elle, le dos droit, les genoux serrés, comme elle le devait. C’était une jeune fille de dix-sept ans, avec peu de poitrine. Ses cheveux étaient châtain clair, presque blonds, ses iris n’étaient ni bleus ni verts. Elle était gracieuse, mais sans rien de remarquable.

Hormis sa dot ! songea avec amertume la vieille demoiselle. L’argent efface le manque de beauté, pas l’instruction.

— Mon enfant, j’ai une triste nouvelle. Votre grand-père et votre papa ont eu un accident. Ils sont décédés tous les deux.

La jeune fille eut un hoquet et plaqua sa main sur sa bouche, les yeux écarquillés d’horreur.

— Votre maman nous prie de vous laisser rentrer chez vous pour les obsèques.

Tess hocha la tête, incapable de croire à la réalité cruelle de ce qu’annonçait la directrice, se demandant s’il s’agissait d’une mauvaise plaisanterie, d’un test…

Le cœur de la vieille demoiselle s’attendrit.

— Votre oncle, monsieur Burgess, va envoyer une personne de confiance pour vous escorter demain matin.

— Je ne peux pas quitter l’école sans diplôme ! Comment pourrais-je entrer à l’université ?

Elle se raccrochait à ses projets pour ne pas s’effondrer, ne pas pleurer devant elle, comprit tristement mademoiselle Pinckett.

— Vous reviendrez à la prochaine rentrée. Courage, mon enfant. Priez notre Seigneur, il vous soutiendra dans cette épreuve.

Tess sortit du bureau avec la sensation d’être somnambule. Elle allait se diriger vers sa classe, mais s’immobilisa. Cela ne servirait plus à rien. Les études étaient terminées pour elle.

Pour l’instant, essaya-t-elle de se persuader, peu optimiste.

Georges Burgess clamait que la place des femmes était auprès de leur mari. Il répétait à ses parents qu’il était de leur devoir de lui trouver un époux. Son père s’était fâché, lui rappelant qu’il n’avait que faire de l’avis d’un homme qui n’était que « beau-père ».

Seulement aujourd’hui son merveilleux papa était mort et cet oncle déplaisant devenait son tuteur.

C’est un cauchemar, je vais me réveiller, pria-t-elle avec ferveur.

Tenant la rambarde pour assurer son équilibre rendu précaire par le chagrin qui menaçait de la submerger, Tess monta à l’étage où se trouvait la chambre qu’elle partageait avec sa meilleure amie, Ayleen Clarks.

Elle s’assit sur son lit, au bord du matelas, le dos bien droit, les genoux serrés. Avec une lenteur douloureuse, elle laissa la terrible réalité se frayer un chemin dans sa conscience.

Nous n’avons plus de père… plus de grand-père.

Son cœur se contracta douloureusement, elle eut de la peine à respirer, la poitrine horriblement comprimée dans son corset. Lentement, les larmes se mirent à couler.

Mon Dieu, maman… vous devez tellement souffrir.

— Wesley, où es-tu ? murmura-t-elle en commençant à se balancer d’avant en arrière, appelant le soutien de son jumeau dans cette tragédie qui lui tordait le ventre.

À l’autre bout de Sacramento, dans son prestigieux pensionnat pour garçons, Wesley Hammond sortit en trombe du bureau de son directeur. Il se précipita dans son dortoir et fit ses bagages dans l’urgence, n’escomptant pas attendre le lendemain et la personne de confiance envoyée par son oncle. Lui se méfiait de Georges Burgess, d’instinct, mais également parce que son père lui avait demandé de ne jamais laisser Tess seule avec cet homme.

Wesley avait beaucoup grandi durant l’année écoulée. Il avait forcé sur le sport. D’abord pour plaire aux filles. Il n’avait pas à se plaindre de ses récentes bonnes fortunes avec les dames lors de ses sorties clandestines en compagnie de ses amis. Ensuite, parce qu’il rêvait de coller son poing dans la figure de ce prétentieux débarqué de New York, qui se prenait pour un lord et traitait les Hammond comme des campagnards.

En revanche, Georges Burgess n’avait rien contre leur argent.

Le jeune homme serra les dents et essuya rageusement une larme qui lui avait échappé.

Je ne suis plus un gamin, se sermonna-t-il.

Wesley se faufila dans les couloirs, déverrouilla la porte arrière du bâtiment à l’aide d’une épingle à cheveux, puis fila en direction de la maison familiale, vers sa mère qui devait être au désespoir et qu’il devinait devoir protéger des vautours tournant déjà autour d’elle.

Pourvu que je sois assez fort… Papa, grand-père, aidez-moi.

______

Ayleen s’inquiétait que Tess ne soit pas revenue en classe. Elle grimpa en courant jusqu’à leur chambre et trouva sa meilleure amie assise sur son lit, hagarde, les yeux rouges, les joues striées de larmes. Elle laissa se précipita pour la prendre dans ses bras.

— Que se passe-t-il ?

Tess lui raconta l’horrible drame, sans pouvoir retenir de nouvelles larmes. Son amie partagea sa peine, osant à peine imaginer ce qu’elle ressentirait si elle était à sa place.

Ayleen aimait profondément sa famille, mais elle souhaitait faire des études, vivre, réaliser nombre de ses rêves sans dépendre d’un homme, ce qui avec un père et cinq frères plus âgés s’annonçait compliqué pour elle.

Depuis des mois, toutes les deux planifiaient en secret un grand voyage pour découvrir le monde autrement que dans des livres, sans parents, sans chaperon, et sans frères trop protecteurs.

Wesley doit aussi être terriblement malheureux, pensa-t-elle.

Tristement, elles firent les bagages de Tess puis passèrent une soirée lugubre, consciente que c’était la fin d’une époque de leur vie.

Au matin, Tess avait à peine dormi, n’arrivant pas à réaliser qu’un simple accident avait anéanti une partie de sa famille. Elle se sentait au bord des larmes lorsque la surveillante vint la chercher.

— Écris-moi, tous les jours, supplia Ayleen. Si tu as besoin de moi, je m’échappe et je débarque pour te soutenir. Promis !

— J’ai de la chance d’avoir une amie comme toi.

Elles se serrèrent dans les bras l’une de l’autre, comme des sœurs, sous le regard pour une fois compatissant de la surveillante.

Portant sa lourde valise, Tess descendit au rez-de-chaussée et dut dissimuler une grimace de dépit en découvrant qui était la personne qui l’attendait au pied de l’escalier.

Mademoiselle Grabtree !

L’ancienne perceptrice de tante Cordelia, puis celle d’Elspeth, était une vieille fille acariâtre, désagréable, idolâtrant les bébés qu’elle avait très mal élevés de l’avis de sa mère.

— On n’éduque pas des enfants en les gavant de sucreries et en cédant à tous leurs caprices, disait-elle.

La vieille pie frappait le sol de la pointe de son parapluie.

— Enfin ! s’exclama-t-elle. Allons-y, je n’ai pas la journée à vous consacrer, petite gourde.

Pour les condoléances, on repassera.

Une fois sortie de l’enceinte de l’école, une surprise de taille les attendait. Wesley – son merveilleux jumeau – était fermement campé sur le trottoir. Plus beau que jamais dans son costume, avec sa canne élégante et son chapeau haut-de-forme, rappelant qu’il était maintenant un homme et plus un gamin.

Le visage outré de la vieille bique arracha presque un sourire à Tess malgré son désespoir.

— Je vous remercie, mademoiselle Grabtree. Je vais m’occuper de ma sœur, dit-il à la préceptrice avec un air aimable qu’elle prit comme une agression masculine contre sa précieuse vertu.

— J’obéis aux consignes de votre oncle, rétorqua-t-elle, pincée.

— Moi, pas ! contra Wesley, épuisé, en deuil, et lassé de prendre des pincettes avec cette vieille bique malfaisante.

Il abandonna toute diplomatie.

— Nous n’avons plus besoin de vous. Vous pouvez disposer.

— Je n’ai pas d’ordres à recevoir d’un garnement sans éducation.

Tess vit Wesley se redresser de toute sa hauteur – il avait encore grandi ! –, carrer ses épaules plus larges que dans ses souvenirs.

— Dégagez de notre chemin ! Le garnement est-il assez clair pour votre cervelle de pucelle desséchée ?

Sur un piaillement de poule effarouchée, la Grabtree s’éloigna en tortillant du croupion dans sa jupe trop ajustée.

— Tu as été irrespectueux. Nous allons avoir des ennuis.

— Ce ne sera que le début, dit son frère avant de la serrer très fort dans ses bras. Tu m’as manqué.

Elle enfouit son nez dans le creux de son épaule, l’enlaçant, le pressant contre elle de toutes ses forces, cherchant son soutien, lui offrant le sien face à ce chagrin qui les terrassait tous les deux.

Il fallut un long moment pour qu’ils cessent de trembler et avant qu’ils trouvent la force de s’écarter l’un de l’autre. Ils se contraignirent à se mettre en marche vers une destination où ils n’avaient pas envie de se rendre.

— Je suis rentré hier soir. Certains n’ont pas été ravis de me voir. Maman était cantonnée dans sa chambre avec un valet en faction devant sa porte pour l’empêcher de sortir et qu’elle se repose, paraît-il. Elle est affaiblie, très pâle. Quant à ce parasite de Georges, il est radieux et s’est déjà approprié le bureau de papa.

— Il n’a pas traîné.

— Ce n’est qu’un début ! Tante Cordelia parle de faire redécorer les appartements de grand-père et de s’y installer.

Préoccupés par leur chagrin et la gravité de leur conversation, les jumeaux ne prêtèrent aucune attention aux deux hommes appuyés contre un mur, dans une contre-allée, qui les observaient.

— Ça devait être une vieille donzelle avec la môme, marmonna le plus grand qui avait deux dents cassées. Pas un gars baraqué avec une canne-épée. Viens, on se barre.

Son complice dont la joue portait une cicatrice en forme de croix cracha sa chique avant de pivoter sur les talons éculés de ses vieilles bottes.

Dommage, il se serait bien offert un plaisant moment de détente avec la jolie petite écolière.


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